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Le perfectionnisme – Psychose

Introduction

Après vous avoir parlé de “Lost River”, premier film de Ryan Gosling. Nous allons parler d’un film d’Alfred Hitchcock, homme qui à cette époque avait déjà 38 ans de carrière derrière lui.

Le seul film d’Hitchcock que j’avais vu auparavant était “Les oiseaux”. Son visionnage est si vieux, que le seul souvenir me restant est celui d’oiseaux percutants une cabine téléphonique. 

J’ai enfin pu apprécier un de ses films et comprendre pourquoi il était devenu une légende dans le monde du cinéma. 

Aujourd’hui nous allons analyser quelques plans d’un film d’Hitchcock qu’il aimait d’écrire comme étant “juste une comédie macabre”. Film qui fût le premier “slasher movie”: “Psychose”. 

PS : ce film est plutôt vieux, genre 59 ans au moment où j’écris, mais tout de même je préfère vous prévenir que cet article va contenir de nombreux spoilers. 

“Psychose” d’Alfred Hitchcock

Dans ce résumé je spoil de façon très brutale alors si tu poursuis cet article c’est soit tu as déjà vu le film, soit le spoil ne te dérange pas.

En 1960, Marion ne mène pas une vie qui la rend heureuse. Entre un amant qui ne peut pas l’épouser et un emploi qui ne lui plait plus, elle rêve d’ailleurs. Un jour, son patron lui confie 40 000 $ (soit environ 350 000 $ actuel) pour qu’elle les dépose à la banque. L’occasion de changer de vie est trop belle pour Marion, qui décide de fuir avec l’argent.  

Partagée entre peur et excitation, elle roule jusqu’à un petit Motel. Elle y fera la rencontre de Norman Bates.

Alors que Marion se savonnait sous l’eau de la douche (conscience écologique zéro, bravo les années 60) Marion se fit poignarder par la mère de Norman.  

Après quoi il se passe des choses et l’on découvre que la mère de Norman est morte il y a des années. Que ce dernier à une double personnalité, il se prend pour sa mère. Donc si vous suivez c’est lui qui a tué Marion, pas sa mère. 

Analyse d’image 

La règle des 180 degrés 

Psychose 1960 Analyse des scène du début

Si vous ne connaissez pas la règle des 180 degrés, petit rappel. Il s’agit d’une règle disant qu’il ne faut pas franchir la ligne imaginaire que trace le regard de deux personnes qui se parlent. Comme pour le champ contre champ ci-dessus. Si je ne suis pas suffisamment clair, voici un lien qui l’explique en détail : « La règle des 180 degrès au cinéma«

Avec une nuance ici, Marion est filmée par-dessus tandis que l’homme est filmé par-dessous. Cela montre qu’elle se fait dominer lors de cette discussion. Pour extrapoler, j’interpréterais en disant que ce plan montre de manière subtile, l’absence de contrôle qu’elle a dans sa vie. 

Discussion à trois 

Norman Bates ramène le diner à Marion Cane

Au premier visionnage je n’avais pas prêté plus d’attention à ce plan. Ça n’est qu’au second, en connaissant le dénouement que je compris le sens de cette composition. C’est peut-être involontaire, mais j’en doute tout de même connaissant le caractère perfectionniste du réalisateur. 

Je parle ici du reflet de Norman dans la vitre. Selon moi, c’est un indice pour nous faire découvrir la double personnalité du gérant du motel. 

Voyeur 

Oiseaux empaillé film psychose 1960

Le hibou est un animal carnivore, ici on remarque qu’il domine un oiseau de plus petite taille, il l’observe, prêt à bondir. Norman a l’air de ne manger que des sucreries, mais sur ce plan, il domine en hauteur le tableau de cette femme nue. Selon moi, le plan est un nouvel indice sur la personnalité de Norman. C’est un voyeur et on peut potentiellement penser qu’il voit les femmes comme des proies.

Oiseaux empaillé film psychose hitchcock analyse d'image

Labyrinthe

Lila soeur de Marion Crane cherche la mère de Norman Bates

Ce plan avec Lila (la sœur de Marion) qui recherche la mère de Norman est bien trouvé. Puisqu’il met en avant l’aspect gigantesque de la maison en faisant comprendre l’importance du nombre de couloirs et de pièces.  

Lorsque je regarde ce plan, je ne peux m’empêcher de penser aux illustrations de Maurits Cornelis Echer :

Illustration de M.C.Escher

La bascule 

Norman avait une double personnalité. La deuxième étant celle de sa mère, qui plus est, une mère qui n’aime pas son fils, donc lui-même. Vous suivez ? 

L’image finale est celle de la voiture de Marion se faisant remonter à la surface. Avant cela, nous avons ce célèbre plan de Norman faisant un sourire terrifiant à la caméra. Moins connu, c’est la transition qui s’en suit.  

Pour rappel le plan suivant est celui d’une voiture, mais lors de cette transition, nous voyons subtilement apparaitre le visage de la mère de Norman. Celui-ci nous fait comprendre que “l’esprit” de Norman a complètement été dominé, ne subsiste que la personnalité de sa mère.

Transition film psychose Norman Cane sourire

Le remake 

En 1998 est sorti le remake du “psychose” d’Hitchcock : “Psycho”. Réalisé par Gus Van Sant, le réalisateur de “Will Hunting”

Cette version se veut être un hommage à la version de 1960 et garde la majorité des plans à l’identique. Je vais m’en servir pour vous montrer à quel point les choix de composition sont importants en comparant les deux versions. 

L’amant 

Analyse d'image scène d'ouverture Psychose

Ici nous avons le premier plan de personnages du film. Lorsque l’on regarde cette composition, on remarque le choix d’Hitchcock de ne pas montrer l’amant dans son entièreté. Ce cadrage nous montre d’emblée que leur relation est compliquée. Ceci est confirmé ensuite par leur discussion. 

On remarque également que la composition est assez bien travaillée en plaçant les corps sur des lignes de forces et le visage de Marion sur un point de force. 

Dans la version de 1998 on ne remarque pas qu’il y a un problème, on voit un couple tellement amoureux qu’ils sont restés au lit jusqu’à 15h00.

Scène dans le lit Psycho 1998

C’est du propre 

Lors de cette scène, Norman vient de jeter la voiture de Marion dans un lac près du motel. Pour rappel, Norman est malade et il vient de la tuer, habillé comme sa mère. On ne le sait pas encore à ce moment du film et on pense, tout comme lui, qu’il couvre le meurtre de sa mère.  

Je précise tout “comme lui” car dans son esprit c’est sa mère qui a tué Marion, pas lui.  

Sur ces images on remarque dans la version de 1960 que Norman est angoissé, il mange oui, mais il est tendu, il ne lâche qu’un bref sourire lorsqu’il voit la voiture s’enfoncer totalement dans l’eau. Rassuré de pouvoir masquer le meurtre de sa mère. 

Dans la version de 1998, Norman semble content de ce qui se passe. On a l’impression qu’il a conscience d’avoir tué et donc cela détruit le dénouement puisqu’on se dit que Norman aussi était un tueur.

Scène du lac Psychose et remake comparaison

La lumière 

Sur le même lieu un peu plus tard, nous avons ses plans ci-dessous.  

On voit Norman debout devant le lac, mais son attitude laisse penser que c’est la personnalité de sa mère qui est présente. Encore une fois je me raconte peut-être des histoires, mais à ce moment du film, tout ce qu’on a vu de sa mère c’est un visage dans le noir, dû à une lumière dans son dos. 

Dans la version d’Hitchcock de 1960, l’éclairage cache le visage de Norman, laissant son visage dans le noir. Or dans la version de 1998, la lumière est plus traditionnelle et ne provient que d’une seule source.

comparaison scène du lac psychose et remake psycho

L’espace négatif 

Voici un autre plan qui pour moi prouve que chaque plan d’Alfred Hitchcock son choisis avec minutie.  

Le plan ci-dessous se déroule lorsque Marion vient de se faire poignarder, elle est en train de perdre la vie. Le choix de la cadrer dans le coin de l’image et de laisser autant d’espace négatif, donne l’impression qu’elle est en train de quitter le cadre. À elle seule, la composition nous fait comprendre qu’elle vie ici son dernier souffle. 

(Attention je ne dis pas que cadrer de cette manière donne systématiquement l’impression que la personne meurt, mais que dans cette scène, on c’est à ce moment qu’elle ne se relèvera pas). 

La Marion de 1998 est cadrée de manière plus basique, centrée. Pour ma part, j’ai besoin du plan suivant pour comprendre qu’elle est belle est bien morte. (Même si je savais qu’elle mourrait puisque j’avais vu la version de 1960 juste avant).

Analyse de composition scène de la baignoire film psychose et remake

Le tableau 

Venons-en au point qui me dérange le plus dans ce remake : Le tableau

Suzanne, repoussant les avances de deux hommes d’un âge avancé

En 1960, Hitchcock a inclus cette toile ci-dessus.  

Je n’ai pas trouvé qui en était le peintre, mais il s’agit d’une peinture représentant “Suzanne et les vieillards” ou selon les versions, “Suzanne et les deux vieillards”.  

Il s’agit d’un conte biblique, ou l’on voit une femme, Suzanne, repoussant les avances de deux hommes d’un âge avancé. Pour se venger de son refus, les deux hommes l’accuseront d’adultère afin de la faire condamner à mort.  

Dans le film, ce tableau qui nous laisse face à la nudité d’une femme qui ne souhaite pas être courtisée, dissimule un trou dans le mur, qui permet d’observer la chambre de Marion. Tout un symbole.

De plus, le geste que fait Suzanne sera imité par Marion dans la scène de la baignoire, accentuant ainsi la comparaison.

Analyse d'image scène baignoire main levée Psychose

On peut aussi ajouter que lors d’une dispute entre Norman et sa mère (qui sont une seule et même personne, rappelez-vous, mais à ce moment-là on ne le sait pas encore.) cette dernière en veut à Marion de vouloir pousser son fils à l’adultère. C’est la raison pour laquelle elle viendra la tuer. Comme dans le conte biblique, elle sera condamnée à mort pour un adultère non commis. 

(Avec une nuance, dans le conte biblique Suzanne est sauvé par le prophète Daniel qui prouvera son innocence.) 

Dans la version de Gus Van Sant, le tableau a changé :

Tableau le verrou dans le remake de Psychose

Ici, Norman Bates cache le trou au mur derrière le tableau de Jean Honoré Fragonard “Le verrou”. Ce tableau représente deux amants se retrouvant dans une chambre, l’homme ferme le verrou. Ce choix fait perdre le sens de tout ce que j’ai dit plus haut, la main levée dans la baignoire également. 

Le noir et blanc 

On peut penser que le noir et blanc s’imposait par la force des choses et de l’époque. Cependant, en 1960 il était déjà courant d’utiliser la couleur. Le noir et blanc est donc un choix d’Hitchcock.  

D’abord économique, puisque le film n’était pas destiné aux salles de cinéma, mais aux postes de télévisions.  

Mais aussi pour des raisons esthétiques. Le réalisateur voulait un film angoissant et il avait peur que la couleur le rende gore. 

L’astuce d’Hitchcock 

Lors d’un autre meurtre commis par la mère de Norman, la victime tombe des escaliers. Lorsque l’on regarde cette scène on se demande comment elle a été tournée puisque l’on voit la caméra suivre l’homme durant sa chute. Le plus simple si vous n’avez pas vu le film c’est que vous regardiez la scène :

Pour tourner ceci, allociné nous dit qu’Alfred Hitchcock a utilisé la même technique que pour les scènes en voiture. Il a d’abord descendu les escaliers en filmant, puis a diffusé sur un écran la scène. Il ne restait au comédien qu’à simuler une chute devant cet écran pour créer l’illusion.

Maintenant que vous avez vu cette scène ci-dessus, il faut que je vous partage mon incompréhension. Durant cette même scène, mais dans la version de 1998, des plans ont été rajouté entre les coups de couteaux :

Etrange scène de meurtre film psycho Gus Van Sant

Un coup de couteau, une femme nue sur un lit, deuxième coup de couteau, une chèvre, et il tombe… What ? 

Si vous connaissez la raison, puisqu’il doit y en avoir une, n’hésitez pas à me le faire savoir. Car je trouve ça vraiment absurde. 

Toute cette histoire basée sur une histoire vraie ? 

Pour ce film, Alfred Hitchcock c’est inspiré du livre de Robert Bloch qui lui-même se serait inspiré de l’histoire de Ed Gein. 

Ed Gein a aussi inspiré “Massacre à la tronçonneuse” et “Le silence des agneaux”. Je vous laisse imaginer le personnage. 

Conclusion 

Si vous avez lu cet article sans voir le film, je vous conseille de le regarder quand même. J’ai dû passer de nombreuses choses à la trappe.

Suivez-moi sur Facebook et Instagram 

Je vous laisse ici un article que j’ai trouvé interessant:objectif-cinema.com

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